88. Petit daphné calyculé

Cassandra_calyculata_1

Le cassandre calyculé, chamédaphné calyculé, petit-daphné calyculé, faux-bleuets, sont autant de noms populaires pour désigner ce petit arbuste (1,5 mètre), très ramifié et caractéristique des tourbières ouvertes à sphaignes. Les noms «cassandre et daphné», deux jeunes filles connues pour leur très grande beauté, sont tirés de la mythologie grecque. Le qualificatif calyculé réfère au calicule, une couronne de deux petites feuilles situées à la base de la fleur.

4aTraits distinctifs
Le Petit daphné calyculé, Chamaedaphne calyculata E est arbuste atteignant 1,5 m de hauteur et formant des buissons arrondis. Les jeunes rameaux sont recouverts d’une pellicule grise et fendillée qui laisse paraître le brun rougeâtre de l’écorce. Sa tige est dressée (caractérisée par un aspect vertical) et ramifiée.  Le petit daphné se reconnaît d’abord à ses très nombreuses feuilles elliptiques de 1 à 5 cm, rapetissant graduellement vers l’extrémité du rameau. Elles sont disposées de façon alterne et pointent vers le haut. Ces feuilles coriaces et luisantes, d’un vert foncé sont couvertes sur le dessus, de minuscules picots pâles, le dessous présentant des taches rouille ou blanchâtre, à cause d’une poudre cireuse qui s’enlève au grattage. Même desséchées, elles ont tendance à rester accrochées aux branches durant l’hiver.

3.Lors de la floraison, tôt au printemps, cet arbuste devient remarquable. Apparaissent alors de nombreuses  petites fleurs en forme de cloches, d’environ 0,5 cm de diamètre, qui sont blanches et cireuses. Elles sont rassemblées en grappes feuillées de 10 à 15 fleurs alignées et pendantes le long de l’extrémité du rameau. Ces fleurs ressemblent à celles du bleuet, d’où le nom de faux-bleuets. Contrairement aux vrais bleuets, le fruit non comestible du petit daphné consiste en une petite capsule sèche contenant de nombreuses graines.  Ses petits fruits durs et ronds mesurent 0,3 cm de diamètre. Leur teinte passe du vert au brun. Ils s’ouvrent par 5 fentes longitudinales d’où sortent les minuscules graines. Cette plante contient une toxine dangereuse, l’andromédotoxine, la même qui est présente également dans d’autres éricacées comme le rhododendron du Canada l’andromède glauque et nos deux espèces de kalmias  à feuilles d’andromède  et à feuilles étroites. Il semble même que le miel butiné dans les fleurs de ces éricacées peut être toxique, comme l’aurait expérimenté à leur insu des armées de l’antiquité grecque et romaine. Heureusement, d’autres cousines éricacées, aux fruits délicieux, en sont dépourvus, comme les bleuets, les airelles et les atocas…

88-petit-daphn-calyculc3a9-plant1Écologie
Il pousse lentement dans tous les microhabitats des tourbières du sud du Québec jusqu’à la limite des arbres. Il pourrait former un couvert plus dense dans les endroits les moins humides, comme les buttes à sphaigne brune et à épinette noire. Le petit-daphné calyculé semble cependant absent des tourbières calcaires et préfère un pH inférieur à 4,1. Il demande beaucoup de lumière, une réduction d’un tiers de la luminosité normale suffit à le faire périr. Ceci explique peut-être pourquoi on le trouve peu en forêt. Il croît cependant dans certaines arbustaies dominées par l’aulne rugueux ou le myrique baumier, ainsi que dans certaines forêts ouvertes dominées par l’épinette noire ou le mélèze. On dit qu’il se régénère bien après un feu. Cette plante constitue une nourriture appréciée des chevreuils et des orignaux. Pour établir leurs nids, la bécassine des marais, le canard colvert et le canard noir ne dédaignent pas les tapis de sphaignes que ses buissons, au couvert relativement dense, camouflent aux yeux des prédateurs.faon

Usage
Les Amérindiens ojibways employaient le petit-daphné calyculé en cataplasme pour traiter les inflammations et en infusion pour apaiser les fièvres. On peut préparer un thé parfumé avec ses feuilles, comme avec celles de l’andromède glauque. Il faut toutefois prendre garde de boire les feuilles de ces deux plantes seulement en infusion, et non après les avoir bouilli, car leur ébullition libère un poison dangereux. Cette espèce très printanière est la première à fleurir dans les tourbières. Certains apiculteurs installent leurs ruches près des tourbières à ce moment précis afin que les abeilles profitent du nectar du petit daphné calyculé. Elles utiliseraient ce premier miel comme «tonique du printemps».

 

 

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