Migration végétale

Le Frère Gabriélis professeur de sciences naturelles a écrit plusieurs articles pour illustrer ses leçons.  Je vous en citerai 2 : en voici  un sur la «migration végétale»,  suivra l’article sur la «migration des oiseaux».

    (Bulletin: 1930-31  p.56, nov. 1930)

Fixée au sol qui la nourrit, la plante semble complètement inapte à changer de localité. Grâce à la graine qu’elle produit, elle peut cependant émigrer parfois très loin de l’endroit qui l’a vue naî­tre et fleurir.

Une graine, c’est une plante en miniature; mais une plante complète avec ses trois membres essentiels: racine, tige et feuille. Si l’on y regardait de près on y trouverait même, le plus souvent sous forme d’amidon ou de fécule, une ample provision de vivres ju­dicieusement choisis pour servir de nourriture à la nouvelle plante durant les jours pénibles de son enfance.     

Tout semble se passer comme si les végétaux agissaient en êtres raisonnables. En langage techni­que cela s’appelle adaptation à la dissémination de l’espèce, mais ce n’est peut-être qu’une locution commode pour éviter d’avoir recours à la Providence. La plante en elle-même est un être stupide et aveu­gle; si donc, en tout cela, elle se comporte avec tant de logique et de sagesse, c’est qu’en dehors d’elle une Intelligence l’organise et la dirige.

fruit de l’hure ou sablier

Beaucoup de plantes munissent leurs graines de moyens de locomotion aussi admirables qu’imprévus. Le fruit «hura crepitans» ou sablier des Antilles en tombant à terre écla­te avec fracas comme une bombe et projette sa semen­ce dans toutes les directions à plusieurs mètres. La balsamine et l’im­patiente doivent leurs noms à des propriétés à peu près similaires.

De cette façon cependant, la graine ne peut al­ler bien loin de la plante mère. Le moyen de disper­sion employé par le peuplier cotonnier, la clématite, le pissenlit et un nombre incalculable d’autres plan­tes est beaucoup plus efficace, leurs graines pour­vues d’une aigrette ou d’une touffe soyeuse, emprun­tant la voie des airs, peuvent dans les conditions favorables franchir d’énormes distances avant de re­venir au sol.

D’autres graines sont armées de crochets qui leur permettent de se cramponner solidement à la toison des animaux ou aux habits de l’homme; elles se font ainsi véhiculer au loin et à peu de frais. Il suffit à l’automne de faire une marche à travers bois pour apprendre à les connaître. Parmi ces der­nières plantes, beaucoup nous sont familières comme le chardon, la bardane, le bident, l’aigremoine, la sanicle, l’asmorhize.

Pour le chardon et la bardane, il est juste de dire que ce n’est pas précisément la graine qui est munie de crochets; ce sont les brac­tées du capitule, mais le résultat est le même: la graine est emportée au loin.

Les océans restent malgré tout des obstacles infranchissables même aux plantes les mieux pourvues en moyens de dispersion. Pour changer de continent, la plante a donc besoin de la complicité plus ou moins consciente de l’homme. Aussi les migrations humaines ont exercé une influence considérable sur les flores en général et sur la nôtre en particulier.

Le premier colon en semant son blé a lancé sur le sol du Nouveau-Monde toute la meute des mauvaises herbes. Douées d’une incroyable force dexpansion, quelques-unes de ces plantes néfastes ont pris pos­session du sol beaucoup plus rapidement que l’homme lui-même. De ce nombre est certainement le pissenlit qui s’est répandu à tel point que dans certaines ré­gions, à lui tout seul, il occupe le sol tout entier.

Quand on assiste maintenant à l’effarante floraison des marguerites, qui se douterait que cette plante ne figurait pas dans notre flore primitive! D’ailleurs parmi nos plantes familières beaucoup sont étrangè­res à notre flore; il serait fastidieux de les pas­ser toutes en revue.

Toutes les mauvaises herbes introduites par l’homme ne se contentent pas des terrains en friche quelques-unes, et ce sont à coup sûr les plus terri­bles, réclament une terre labourée.

Il suffit de remuer un coin de terre pour y voir surgir toute une horde de moutardes, d’ansérines, d’amarantes, de molènes; et il n’est pas très surprenant que devant ce spectacle les anciens aient songé à la génération spontanée.

Un bon nombre de plantes ont changé d’habitudes en changeant de climat. Dans son pays d’origine, l’épervière orangée, par exemple, est bien moins enva­hissante que chez nous.

Le vulgaire cresson de fontaine introduit en Nouvelle-Zélande y atteint, paraît-il, des dimensions inconnues dans nos pays.

La lobélie de Dortmann qui fait l’ornement de nos lacs et de nos eaux calmes, implantée dans les eaux européennes s’y multiplie avec une fougue  qu’elle est loin de connaître ici. En quelques années elle a pris possession des canaux et des rivières au point d’entraver sérieusement la navigation. Et l’on dut inventer contre elle des faucardeuses mécaniques qui ont bien du mal à la tenir sous contrô­le. En la sectionnant, on ne fait en effet que la  disséminer et la multiplier si on néglige de recueil­lir les fragments pour les détruire.

Lorsqu’une plante envahissante s’est solidement installée dans un terrain, il ne faut plus songer à la supprimer complètement. Il est trop tard! tout ce que l’homme peut faire désormais c’est de lui disputer le terrain par une lutte qui ne doit plus connaître de trêve, sans quoi c’est au végétal que restera la victoire.

Oh puissance humaine, un simple brin dherbe vous tient en échec et vous parliez de soulever le monde!

F. G. (bulletin 1930-1931 nov. 1930, par le Frère Gabriélis)

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